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vendredi 3 juillet 2009

BATMAN


Je n’ai encore jamais réservé un billet entier à cette « passion » qu’est le nanar.

Comme le définis si bien le site de référence, nanarland, le nanar est le « mauvais film sympathique ». Tellement mauvais qu’ils en deviennent risibles. Encore qu’il soit discutable de dire « mauvais » tellement ils nous procurent de bons moments. Ils deviennent de véritables jeux où le but est de repérer les faux raccords, les effets spéciaux bidons, les clichés maladroits, les bonshommes en mousse et le mauvais goût prononcé du réalisateur.

Maîtriser ses classiques du cinéma c’est bien, mais connaître le pire du cinéma c’est mieux. Comprendre le nanar, c’est comprendre tout ce qu’il ne faut pas faire dans un film, et pour l’apprécier il faut des notions, des références et une culture cinématographique développée pour saisir toute la quintessence de celui-ci.

Je ne me rappelle plus mon premier contact avec le Nanar, je crois que c'était un pot de départ, ou un cadeau d'anniversaire (le cadeau par excellence: trouver le pire film qui puisse exister en dvd, et le moins cher possibe). A ce jeu là, y'a qu'à chercher dans les eazy cash ou même ailleurs, et on trouve des bombes comme "elle voit des nains partout" "san ku kai le film", mais la limite entre nanar et daube n'est pas très loin. Offrir une daube c'est trop facile, il y en a des tonnes, trouver le nanar ultime, c'est plus difficile.

Bref, rentrer dans le monde du nanar, ça commence toujours par une discussion entre amis.


Avec ce « Batman » version 1966, on ne sait réellement sur quel pied danser.

A-t-on affaire à du nanar pur jus, à un film maniant aussi délicieusement que maladroitement le kitsch, ou à un vrai « nanar volontaire », assumé de bout en bout ? Je pense que la seconde proposition est celle qui sied le mieux au film, d’autant plus qu’elle est un peu le condensé des deux autres.

Le film chroniqué ici est la version grand écran du feuilleton télé inspiré par la bande dessinée. Cette série a vu le jour dans les années 1960 aux USA et a été un véritable succès populaire. Conçue pour être diffusée sur une grande chaîne de télé américaine, c’est une vision de Batman complètement aseptisée qui a été diffusée. Sous l’effet de la censure et du marché, la bande dessinée avait déjà, depuis les années 1950, largement perdu sa noirceur originelle – qu’elle ne retrouvera que dans les années 1970 – pour proposer du personnage et de son univers une version « Journal de Mickey ». Convaincu du potentiel « camp » d’une adaptation de la BD, les producteurs de télévision décidèrent, pour viser un public enfantin, de jouer à fond de la carte du kitsch et de l’autoparodie, aboutissant à créer une série considérée par certains comme une sorte de chef-d’œuvre « pop art » plus ou moins involontaire, où Batman et Robin affrontaient les méchants les plus improbables à l’aide des gadgets les plus ringards, dans des bastons aux bruitages de bande dessinée (« Wham ! Biff ! Pow ! »).

Parlons maintenant du film, lancé pour capitaliser sur le succès de la série. Afin de se démarquer d’un épisode standard, les concepteurs ont donné dans la démesure. : ce sont donc pas moins de quatre « super-vilains » qu’affrontent Batman et Robin : le Joker, le Pingouin, le Sphinx (également connu sous le nom de l’Homme-Mystère en fonction de l’humeur des traducteurs) et la Femme-Chat (Catwoman). Délaissant la modestie de leurs plans de la série télévisée, les quatre méchants se sont associés pour mettre sur pied un complot à l’échelle mondiale, menaçant rien moins que l’équilibre du monde. Les sinistres individus vont en effet voler un rayon laser dé-hydrateur ultra-secret, qui leur servira à lyophiliser des hauts dignitaires de l’ONU, qui seront réduits en poudre et retenus ainsi prisonniers dans une éprouvette. C’est donc à Batman et Robin que reviendra la tâche de sauver encore une fois le monde, grâce à leur courage légendaire et à leurs gadgets miraculaux.

Les amateurs de la série-culte retrouveront tout ce qu’ils sont en droit d’attendre dans ce film, qui oscille en permanence, comme son modèle télé, entre le nanar et la parodie volontaire, sans que l’on puisse toujours en déterminer la limite :

- Les bat-dialogues sont exquis ! Il faut entendre Batman et Robin discuter, toujours si pétris d’enthousiasme qu’ils ne peuvent aligner trois mots sans crier. Les Bat-blagues de Robin et les Bat-répliques du « dynamique duo » sont réellement à mourir de rire, empreintes d’une morale de comptoir assénée d’un ton docte et pompeux à l’intention parodique évidente : le Batman incarné par Adam West est une sorte de grand nœud empesé, pastichant de manière assez irrésistible le cliché du héros professoral et sans humour, malgré son ridicule assez écrasant. Quant à Burt Ward, Robin empoté et crétin au dernier degré, il pique parfois la vedette, grâce notamment à ses célèbres répliques du type « nom d’une pipe en bois ! »

- Les scènes en accéléré quand Batman conduit l’un ou l’autre de ses engins : le Bat-copter, le Bat-side car, et la célébrissime Batmobile figurent dans ce film (nos deux gaillards utiliseront même un « Bat-eaux (sic)).. On retrouvera bien sûr également les célèbres bat-gadgets, aussi nombreux que savoureux, tel que le Bat-ordinateur.

Voilà pour les impondérables, les éléments essentiels à tout bon épisode de la série « Batman ». Certaines scènes sont également, quel que soit le degré de lecture du film, par leur très forte teneur en nanardise. Au début du film, Batman se bat contre un requin en mousse des plus mémorables, ce qui nous vaut l’un des trucages les moins crédibles jamais vus dans un univers qui ne privilégiait pas le réalisme. Heureusement, il a un Bat-Spray à repousser les requins à portée de main !

Le film regorge bien sûr d’autres scènes aussi rigolotes que kitsch que nous laisserons aux plus courageux le soin d’apprécier. Une mention particulière à l’uniforme scientifique de Batman : à la fin, il doit faire des recherches sur le rayon laser. Il met donc une blouse, mais comme le bougre est coquet, il ne la met pas n’importe comment : il met sa blouse blanche SUR son uniforme, mais SOUS sa cape et son masque. Il accroche ensuite son indispensable ceinture PAR-DESSUS… Un détail à ne pas rater !

Au-delà de ces détails, cette version de « Batman » baigne en permanence dans une ambiance de n’importe quoi assez contagieuse, entretenue par les méchants, qui cabotinent tous avec frénésie. Si Julie Newmar, l’interprète de Catwoman préférée des fans, ne reprend pas le rôle ici, elle est efficacement remplacée par Lee Merriwether, qui se taille la part du lion grâce aux rapports traditionnellement ambigus entre Batman et Catwoman. Cesar Romero (le Joker), Burgess Meredith (le Pingouin) et Frank Gorshin (le Sphinx) reprennent tous leurs rôles de la série et rivalisent de surjeu avec un enthousiasme appréciable.

En conclusion, si la qualité de nanar du film peut se discuter, ce « Batman » peut se regarder comme tel, à condition d’apprécier les délires kitsch. Il convient de noter que si l’effet de la série télé sur la BD fut artistiquement très discutable (les auteurs allant de plus en plus loin dans le simplisme plus ou moins maîtrisé), elle eut pour conséquence positive de pérenniser Batman. En effet, Bob Kane lui-même avoua que le feuilleton avait permis de sauver la BD qui avait manqué d’être supprimée au début des années 1960. Cette vision édulcorée a indirectement inspiré les dessinateurs et scénaristes de la décennie suivante, qui ont rejeté en bloc ces tendances infantiles et parodiques pour refaire de Batman un héros sérieux, évoluant dans un univers relativement violent, version du personnage aujourd’hui appréciée par les amateurs de comics.

Batman serait donc plutôt une sorte de nanar de luxe, qui a mal vieilli à cause d’un parti pris beaucoup trop « arty ». La couleur devenait la norme pour les films de cinéma, et le moins que l’on puisse dire, c’est que les réalisateurs ne se sont pas privés d’en profiter. Les cadrages aussi donnent un certain coup de vieux au film : avec le passage des décennies, il est assez évident que trop de psychédélisme tue le psychédélisme. On s’amuse au final de l’esprit – daté mais sympathique – d’un film et d’un programme ayant cherché à ratisser le plus large possible, en étant à la fois naïf, branché, parodique et (légèrement, tout de même) premier degré, et en cherchant à attirer tous les publics imaginables. Avec plusieurs décennies de recul, cela ne peut laisser indifférent.



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