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dimanche 19 juillet 2009

SECRET DE TOURNAGE


Avec Chapeau Melon et Bottes de Cuir, le Prisonnier représente la série culte par excellence ; les deux séries ayant été produites au même moment et partageant un bon nombre d'acteurs, de scénaristes et de réalisateurs. Elles sont pourtant diamétralement opposées l'une de l'autre. Autant la première offre un plaisir brut à son spectateur, autant Le Prisonnier est une série complexe qui s'offre moins facilement. En 17 épisodes seulement, Patrick McGoohan a construit une oeuvre unique dans l'histoire du petit écran. Une oeuvre fascinante qui a su dépasser son simple statut d'objet télévisuel, tant dans sa forme que sur le fond. Le Prisonnier s'apparente à une oeuvre d'art qu'on ne se lasse pas de revisiter et de redécouvrir tant ses interprétations sont multiples.

Pour ceux qui voudraient prolonger le plaisir avec Le Prisonnier, je ne saurai assez vous conseiller la lecture du véritable livre de référence sur la série : Le Prisonnier, une énigme télévisuelle (éd. Yris). Un ouvrage incroyablement complet.

Résumé

Après avoir remis sa démission, un agent secret britannique est capturé, puis maintenu prisonnier au Village. Le Village est un univers clos qui fonctionne selon ses propres règles. Il s'apparente à un régime totalitaire. Notre héros, qui se nomme désormais n° 6 tente par tous les moyens de s'en échapper.

N°6

C'est le seul héros du Prisonnier. Très vigilant par rapport au Village, il va démanteler petit à petit cette organisation. Il ne va être cessé d'être harcelé pour qu'il révèle les raisons de sa démission. Par ailleurs, ses agissements dans la communauté sont très surveillés. Il se rebelle constamment face au consensus de l'absurde établi dans le Village et cherche désespérément à s'en évader.

Né le 10 mars 1928 aux Etats-Unis, Patrick McGoohan vit ensuite à Londres à partir de ses 10 ans, après un court passage en Irlande. Patrick McGoohan reçut une éducation catholique stricte et reste aujourd'hui très attaché à cette religion. Il commence sa carrière d'acteur par le théâtre participant à plus de 100 pièces entre 1947 et 1955. Il débute ensuite sur grand écran dans de nombreuses productions anglaises où il obtint des rôles de plus en plus étoffés. En 1960, on lui propose d'interpréter l'agent secret John Drake pour la série d'espionnage Destination Danger. Le succès mondial de cette série est telle que Patrick McGoohan devient subitement une des vedettes anglaises les plus en vues. Il refuse le rôle de Simon Templar dans Le saint qui échoira finalement à Roger Moore. Il refuse même un autre rôle d'agent secret pour le premier épisode d'une saga qui allait beaucoup faire parler d'elle : James Bond.

Sa cote est au plus haut auprès des producteurs qui lui laissent une maîtrise totale sur sa nouvelle série Le prisonnier. Interprète principal, mais aussi scénariste et réalisateur, Patrick McGoohan va s'investir corps et âme dans la série pendant plus d'un an. Parallèlement à son engagement dans Le Prisonnier, il tourne Zebra station polaire (1968). La conclusion qu'il a écrite à la série ne satisfait pas les spectateurs qui lui font violemment ressentir. Le harcèlement moral dont il est victime lui est insupportable et il s'exile en Suisse avec sa famille, avant de s'installer aux Etats-Unis. Depuis, l'acteur ne reviendra que très rarement sur Le Prisonnier.

La diffusion

Diffusé dés septembre 1967 au Royaume Uni et le 1er juin 1968 aux Etats-Unis, Le Prisonnier débuta chez nous en février 1968 sur la 2ème chaîne de l'ORTF. Le succès mitigé qu'elle rencontra (son audience de l'époque a été évaluée à 3000 spectateurs !) incita l'ORTF à achever rapidement sa diffusion avec Le dénouement en mai 1968. Malheureusement, 4 épisodes sont passés à la trappe, dont Il était une fois, avant dernier épisode de la série, et intimement lié au Dénouement. Pour l'anecdote, lors de cette première diffusion, l'épisode Le général fut retitré Le cerveau ; pour éviter de faire allusion au Général de Gaulle déjà assez contesté en ces temps de révolte estudiantine !

Ensuite, la série servit de « programme de complément », c'est-à-dire que pour revoir le n°6, il fallait attendre pépins techniques et autres jours de grève. C'est dire si elle était considérée par nos programmateurs français !

Ce n'est finalement qu'en 1984 que la série fut rediffusée dans l'émission Temps X sur TF1. Même s'il manquait encore 3 épisodes, les conditions furent cette fois ci bien meilleures : copies neuves et non coupées, respect de l'ordre de diffusion britannique... Le Prisonnier rencontre enfin le succès qu'il mérite. Un succès qui permet à la série d'être une nouvelle fois présente à l'antenne de septembre à décembre 1986. L'audience répond encore présente. A partir de là, un vrai mouvement commence à se créer autour de la série et les fans se retrouvent toujours plus nombreux à débattre sur le sens du Prisonnier.

M6 prend le relais en janvier 1988 : quoi de plus normal pour la 6ème chaîne de diffuser les aventures du n°6 ! Et la chaîne voit les choses en grand puisqu'elle offre à la série les honneurs du prime time. C'est loin d'être satisfaisant au niveau des audiences et la série est reléguée au samedi après midi. Et là, ça marche ! La série est programmée trois fois à l'antenne jusqu'en 1991 et connaît un succès grandissant, mais les 3 épisodes inédits manquent toujours.

Il faudra finalement attendre octobre 1990 et la sortie d'un coffret vidéo chez Polygram pour pouvoir avoir accès à l'intégrale de la série. Un coffret vidéo qui connaît un succès inattendu, puisque ce ne seront pas moins de 100 000 cassettes qui seront vendus. La sortie de ce coffret entérine la série comme « série culte ».

Depuis la série a été rediffusée sur de nombreuses chaînes du câble (Séries Club, 13ème rue, TPS Cinéculte...) et a été éditée dans un superbe coffret DVD par TF1 Vidéo. Une collection DVD est même lancée en kiosque en février 2004. La série se vend toujours aussi bien et reparaît en kiosque en août 2005.

En une dizaine d'années, Le Prisonnier est devenu incontournable.

Dans ce village représentatif du bloc de l'Est, le n°6 incarne les valeurs du bloc de l'Ouest : individuel et libre. La série offre donc un choc symbolique de ces deux cultures pendant 17 épisodes. Certes, je reconnais que cette analyse peut paraître simpliste et ne répond pas aux questions posées dans Le dénouement mais c'est celle qui me semble le plus en adéquation avec la réalité de la série.

Néanmoins, en la ré explorant à l'avenir, je suis certain que d'autres évidences me sauteront aux yeux. Le Prisonnier est un puits sans fond d'interprétations, invitant le spectateur à s'y perdre indéfiniment. Elle termine d'ailleurs comme elle a commencé (sa dernière image est aussi sa première) : la boucle est bouclée.
source : dvdrama

dimanche 12 juillet 2009

LE PRISONNIER


On n'a pas besoin de tout comprendre pour apprécier "le prisonnier" mais j'ai quand même cherché sur le net pour essayer d'avoir toutes les réponses à mes questions... Voici et la fin du dossier :


III) Recréer le système : non-sens


S'il existe une phénoménologie de la fuite construite sur des faits pour en dégager une philosophie et une signification, la réponse la plus juste serait le non-sens. Cette série britannique très controversée est " présentée comme un chef-d'ouvre ou comme un délire relevant de la psychiatrie. "[1] [16] Il est vrai que nous avons esquissé précédemment des explications, mais tout l'intérêt de cette production repose sur l'inachèvement, elle devient donc déroutante. Celle-ci représente une porte ouverte, offrant au spectateur la possibilité de sortir de sa propre prison, de son petit monde et de s'interroger finalement sur l'irrationnel et sur ce qui ne peut être maîtriser. Face aux épreuves du " village ", trois types de comportements se manifestent : celui qui lutte, c'est le cas du numéro 6, celui qui fuit, c'est encore le numéro 6 : paradoxe de l'irrationnel. Patrick Mc Goohan crée une sorte de héros picaresque, violent et parfois misogyne. Se protège-t-il pour lutter ou fuir ?


Un autre comportement repose sur l'incapacité d'agir qui conduit au non-sens, et au suicide psychique. Evoquons la femme hypnotisée et droguée par le numéro 2. Elle veut atteindre le numéro 6 afin de lui extirper les fameux renseignements.[1] [17] Il semblerait que la gent féminine ne soit pas considérée dans cet univers masculin. Elle est donc objet et sujet de séduction, toute autre tentative de la définir conduit métaphoriquement au non-sens : " Confronté à un tel jeu, l'homme qui veut le "comprendre" se trouve pris dans un dilemme sans issue. S'il entend avoir le dernier mot en se conformant à l'ordre dont il tire son identité, il est assuré de se perdre. "[1] [18] L'érotisme reste donc le grand absent de la série, c'est " l'amour en fuite " pour une passion feinte et calculée.


Cet éloge de la fuite serait plutôt masculin, un seul épisode[1] [19] représente " la femme " en tant que numéro 2. Elle n'a pas sa place dans cet univers agressif où la stabilité féminine et maternelle pourrait canaliser le cynisme et la quasi impossibilité du prisonnier de s'en sortir et de se stabiliser. Le numéro 6 est une sorte de bombe ambulante qui remet en cause le système. Le prisonnier reste donc celui qu'il faut enfermer, dangereux pour la communauté : il représente " l'ennemi public numéro 1 ". On le menace de programme de reconversion sociale instantanée : " seule réponse des maîtres du " village " aux velléités d'individualisme : le conditionnement, la réhabilitation, l'arme suprême des régimes totalitaires avec en plus l'humour anglais. "[1] [20] Le Prisonnier se construit sur un certain discours ironique et caustique qui tourne en dérision le pouvoir et l'existence au sens large. Un journaliste demande au numéro 6 ce qu'il pense de la vie et de la mort, il lui répond : " Changer de disque, vous m'ennuyez ! ".[1] [21] Son interlocuteur rétorque par un dérèglement du langage qui n'est pas sans rappeler la technique de Ionesco : " Pas de commentaire. " Cette création, au fonctionnement absurde, s'insère " parfaitement dans son médium - la télévision - est dans son époque les années 60, celle des grandes prises de conscience politique et morale. "[1] [22]


Une empathie se développe entre le numéro 6 et le spectateur qui repose sur une quête absurde. L'homme cherche à se libérer de qui et de quoi! En fait, de tout et de rien. Seule, une ligne de conduite le sauve : la persévérance dans son labeur quotidien, semble-t-il ! La série devient donc une allégorie, une philosophie et une ouvre d'art qui fascine toujours : " C'est d'abord sur un fond de non savoir antérieur que vont s'inscrire les premières données du film. Et ce savoir porte sur deux domaines principaux : le monde quotidien de l'expérience humaine, le monde culturel des savoirs encyclopédiques. "[1] [23] Le réalisateur n'a jamais donné d'explication à la série ; comme toutes les ouvres, elle pose le problème de son interprétation. Il ne faut sans doute pas que le créateur offre un parcours de lecture bien que rétroactivement le réalisateur en donne un éclaircissement : " c'était le but de la série, étudier certains domaines qui nous sont plus familiers maintenant qu'à l'époque. Il y a plus de conflits, de dissensions, des problèmes avec la bureaucratie et la puissance qui s'oppose à l'individu. "[1] [24] Il s'agit aussi bien pour le réalisateur que le spectateur d'une fuite dans l'imaginaire qui s'apparente à une contrée d'exil où l'on trouve paradoxalement refuge et souffrance comme une sorte de catharsis. Le Prisonnier traduit cette impossibilité de connaître le bonheur : " parce que l'action gratifiante en réponse aux pulsions ne peut être satisfaite dans le conformisme socio-culturel. "[1] [25]


Construite sur un suspense éclectique - polar, anticipation et espionnage - cette production qui est sensée nous amener à une explication ne débordant pas les règles de ces genres, demeure en fait une supercherie pour le spectateur : un contre texte du Fugitif. Il s'agit d'une subversion des codes rationnels du récit filmique : conflit sans résolution du conflit. Finalement, la série pose une ambition esthético-philosophique. L'idée principale est de transgresser les genres classiques : " Sous cette puissance du faux, toutes les images deviennent des clichés, soit parce qu'on en montre la maladresse, soit parce qu'on en dénonce l'apparente perfection. "[1] [26]

Conclusion
Plus qu'une réflexion sur l'histoire de l'art, plus qu'une métaphore du quotidien, la série nous renvoie à nos inhibitions, à nos incapacités d'agir et de changer le cours des événements. Petite anthologie du stress psycho social, elle dénonce l'homme prisonnier de lui-même, soit l'expression artistique d'une forme de dépression mélancolique : " le psychotique n'attend plus rien. Il est enfermé en lui même et son inhibition n'est plus un langage, mais l'expression véritable de son impossibilité à agir. C'est pourquoi sa dépression peut déboucher sur le délire ou sur les signes caractéristiques de la série schizophrénique. "[1] [27] Cette idée demeure parfaitement illustrée au dénouement lorsque le numéro 6 découvre qu'il est le numéro 1. Masque arraché à la fin : le protagoniste se rend compte qu'il reste le créateur du système, le prisonnier devient effectivement responsable de son propre enfermement.


Nous sommes les bâtisseurs de la prison : la seule réponse du numéro 6 est le rire sarcastique et salvateur pour échapper à la folie et à l'isolement. Cependant, cette réalisation télévisée reste une incitation à fuir les systèmes clos et simplistes. Elle nous préserve des raccourcis de la pensée pour ceux qui s'enfermeraient dans un monde douillet. Le Prisonnier élabore une diatribe contre les régimes forts mais aussi contre la monotonie libérale d'un certain conformisme " petit bourgeois ". Ce dernier anesthésie l'individu pour ne pas évoquer un poncif du genre. La fuite, l'évasion et la libération deviennent une victoire mais elle semble pensée et contrôlée. A l'image de la parabole évangélique : " les derniers seront les premiers, et les premiers seront les derniers "[1] [28] , le numéro 6, victime au départ, devient maître du système. Il sort de l'absurde et revient au réel. La quête du sens passerait par un non-sens systémique et théorisé par les médias : " le sens du film est incorporé à son rythme comme le sens d'un geste est immédiatement lisible dans le geste, et le film ne veut rien dire que lui-même. "[1] [29]


Le Prisonnier préfigure les reality show comme une sorte d'entomologiste qui poserait un regard vétilleux et clinique sur l'essence même de l'être manipulé.
A titre de curiosité, visitez http://www.leprisonnier.net/

lundi 18 mai 2009

LE PRISONNIER, transcender le système


On n'a pas besoin de tout comprendre pour apprécier "le prisonnier" mais j'ai quand même cherché sur le net pour essayer d'avoir toutes les réponses à mes questions... Voici la suite :

II) Transcender le système : la victoire

La portée philosophique de cette série - alors incomprise dans les années 60 à tel point que le réalisateur avait dû fuir en Suisse pour échapper aux téléspectateurs insatisfaits de la réponse à la fameuse question : qui est le numéro 1 ? - est aujourd'hui d'une étonnante modernité. D'une part, la dénonciation du totalitarisme est manifeste étant donné que la série fut réalisée 21 ans après la seconde guerre mondiale. D'autre part, l'allégorie de l'homme oppressé de plus en plus par les réalia quotidiennes, qu'il essaye de fuir, demeure flagrante. Le Prisonnier évoque une forme de psychose schizophrénique car l'individu lutte contre le système tout en essayant d'y échapper : " "Qu'est-ce que c'est ?" et "Qui est-ce ?" sont les deux grandes questions de la peur. La simple formulation de telles questions implique un tremblement du réel annonçant tous les fantasmes du double, tous les symptômes de la dissociation caractéristique de la schizophrénie : soit de cette décomposition de l'âme par laquelle Maupassant définit justement la peur. "[1] [11] Transcender l'horreur pour ne pas l'affronter manifeste une évasion quasi spirituelle. Mais c'est aussi un véritable éloge de la fuite. A la fin de la série, le numéro 6 s'évade pour rentrer chez lui comme toute personne qui, ayant fini sa journée de travaille, retrouve son logement douillet pour se ressourcer.


Si cette réalisation télévisée est encore aujourd'hui considérée comme étrange, atypique par rapport à leurs concurrentes plus ludiques telles que Amicalement Votre, ou bien Chapeau melon et bottes de cuir, elle s'adresse à une certaine maturité d'esprit. Cette série, " comme toute ouvre forte née de la puissance créative d'un seul homme, n'est faite que de références et de réminiscences : agencées, réorganisées, transfigurées selon une alchimie mystérieuse. "[1] [12] A la première lecture, le spectateur peut entrevoir une farce ubuesque dans laquelle les personnages déambulent sans raison apparente : la fanfare, les déguisements préfigurant les costumes d'Orange mécanique, et le classique : " bonjour chez vous ! "[1] [13] , l'illustrent parfaitement.


En réalité, le prisonnier veut s'échapper physiquement et moralement de " ce pays d'où l'on ne revient jamais ". Il y a d'abord les tentatives physiques d'évasion : par la mer, l'air et la route. Mais la fuite finale se jouera sur la complexité des rapports humains. Patrick Mc Goohan résiste aux pièges des différents adversaires souvent impersonnels, mais il apprend à les cerner et finalement prend l'initiative de l'attaque. Derrière son aspect monolithique, le numéro 6 déstabilise ses hôtes aux comportements plus poétiques que logiques. De même, il ne se laisse pas aller devant les personnes du " beau sexe " : certaines, très belles, sont envoyées par le démon numéro 1. Ressemblant à des succubes joyeux, ces femmes sont le reflet du désir narcissique du numéro 6.


Mais il lutte également contre les persécutions verbales bien ciblées des différents numéros 2. Il pervertit tous les interrogatoires, échappe au détecteur de mensonges. L'ensemble prépare la victoire, sa libération, néanmoins son jugement dernier a lieu curieusement à la sortie de son incarcération et non à l'entrée.


Sorte de subversion judiciaire qui nous interroge sur le sens de la série et peut-être plus globalement sur la vie et son caractère parfois absurde. Il s'agit du thème de la culpabilité que nous pourrions rapprocher effectivement du Procès de Kafka : aucun des deux protagonistes ne sait pourquoi il est inculpé. Joseph K. cherche à comprendre sa culpabilité tandis que le numéro 6 veut s'évader. Ce dernier reste dans le refus pur et dur : c'est le triomphe de l'individualisme. La question de la faute ne se pose donc pas : " le héros de la série classique a également ceci de particulier qu'il ne subit aucune évolution au fil des épisodes, donnant véritablement l'impression qu'il traverse les pires péripéties sans jamais que celles-ci ne l'affectent, tant sa personnalité est forte. "[1] [14] Dans Le Prisonnier, on connaît la conséquence de la démission mais pas la raison. Son action inconnue le conduit à l'enfermement ce qui constitue, dès le premier épisode, sa force alors que l'inculpation n'est pas définie. Sa démission ne semble pas être l'unique motif de son isolement. Il existe une certaine gratuité déconcertante.


Tous les espaces de la série sont des prisons, même la digression de l'épisode numéro 14, tourné comme un western, le montre : Patrick Mc Goohan devenu shérif se retrouve à plusieurs reprises derrières les barreaux. Conçue comme une série dont chaque épisode semble être une histoire autonome, il est souhaitable de suivre l'ordre des dix-sept feuilletons pour reconstruire le puzzle de cette machination. Chaque aventure en dit un peu plus mais pas trop. Il faut vraiment attendre la fin pour saisir qu'il n'y a rien à comprendre : " Envisagée sou cet aspect, la création est bien une fuite de la vie quotidienne, une fuite des réalités sociales, des échelles hiérarchiques, une fuite dans l'imaginaire. "[1] [15] Métaphoriquement, la victoire de notre propre évasion demeure la libre interprétation de l'énigme. Le numéro 6 est bien le numéro 1, mais ce dernier reste une boîte de pandore qui aveugle et qui rend fou. On sort d'un univers absurde pour rencontrer la vérité ou les vérités. Comme à la fin d'Avalon, le spectateur quitte un monde de jeu virtuel pour retourner à la réalité. D'ailleurs, celle-ci demeure le dernier niveau du jeu vidéo dans le film de Mamoru Oshii. Il faut reconstruire le monde qui nous est offert. Le numéro 1 représente aussi le téléspectateur, celui qui voit tout sans forcément tout comprendre. Cette fois-ci le numéro 1 n'a pas un visage de méchant comme dans les James Bond ; de surcroît, rien n'est expliqué

jeudi 26 février 2009

LE PRISONNIER : La fuite

On n'a pas besoin de tout comprendre pour apprécier "le prisonnier" mais j'ai quand même cherché sur le net pour essayer d'avoir toutes les réponses à mes questions... Après l'introduction, voici "la fuite" ou comment échapper au système.

Bonne lecture !


I) Echapper au système : la fuite


Traumatisme des régimes totalitaires, cette série incarne non seulement l'homme qui essaye de maîtriser son destin, mais aussi celui qui en est victime : " le drame cinématographique a, pour ainsi dire, un grain plus serré que les drames de la vie réelle, il se passe dans un monde plus exact que le monde réel. "[1] [4] Plongé au cour d'un cauchemar surréaliste, le numéro 6 se complaît dans un univers où il essaye de déjouer les règles tout en les respectant pour mieux les pervertir. Le numéro 6 n'est que l'envers du numéro 1, un double, une sorte de " Horla " qui nous pousse à sortir d'un cocon alors que toute fuite est impossible. " Le village ", aux décors kitsch et ludiques avec les images lénifiantes de la publicité, demeure une métaphore de notre environnement quotidien : " L'objectivité des formes apparentes fait donc rayonner le naturel dans tout l'univers du film de fiction. "[1] [5] Cette société semble fonctionner comme la notre avec en plus une forme de caricature qui la montre sans nuance. Il y a d'une part l'autorité représentée par le numéro 2 sorte de pouvoir exécutif,[1] [6] qui d'ailleurs change à chaque épisode. D'autre part, il y a l'ordre symbolisé par la boule blanche : véritable milice impersonnelle sans numéro à l'image d'un mirador concentrationnaire. Nommée " le rôdeur " une seule fois dans la série, cette sphère demeure la représentation la plus étrange : ni humaine, ni végétale, ni animale, anonyme, elle reste inquiétante. C'est finalement un trope de la bureaucratie étouffante qui laisse sans voix. Sous l'apparence d'un " club méditerranéen " anglo-saxon, à l'architecture éclectique, " le village " reste une cage dorée, un laboratoire d'expériences dans lequel Patrick Mc Goohan subit toutes sortes de tests de personnalité en passant par la manipulation psycho-visuelle.[1] [7] " Le village " devient un cabinet de recrutement façon Blade Runner. A l'image des prisonniers du Cube qui tentent de trouver le fonctionnement de cette machine infernale pour se libérer, le numéro 6 est paradoxalement le condamné et le geôlier de cette prison à la Truman Show. Le costume noir de Patrick Mc Goohan fait écho à son éducation catholique, dès l'âge de dix ans l'acteur voulait être réellement prêtre. Le vêtement représente non seulement une réminiscence des uniformes fascistes mais encore il évoque la fuite d'un homme qui refusa de rentrer dans les Ordres : " comme tout signe de la représentation, le costume est à la fois signifiant (pure matérialité) et signifié (élément intégré à un système de sens). "[1] [8] Le Prisonnier traduit l'émergence d'une " secte sans nom " qui se construit sur cette esthétique techno-psychédélique des années 60-70. Tous les villageois ont des toilettes bigarrées et leurs comportements excentriques, dignes d'une " fête des fous ", masquent à peine la misère affective : univers sans sentiment. En effet, dés la tombée de la nuit le couvre-feu propage sa voix féminine et froide : " Plus que cinq minutes avant l'extinction des lumières. "
Le protagoniste est celui qu'on surveille à l'aide d'un observatoire souterrain truffé de caméras, loft à la 1984 construit sur un complexe " militaro-industriel ". Mais le numéro 6 représente aussi celui qui défie tous les pièges. A la fin, il sera le vainqueur d'un labyrinthe sans nom. Il n'y a pas plus impersonnel que le substantif " village ", sorte de signifiant zéro pour un signifié polysémique vu le nombre d'interrogations et d'interprétations que soulève cet étrange lieu. Nul ne sait où il se trouve, il pourrait être en Lituanie sur la Baltique ou bien sur les côtes marocaines.[1] [9] Le terme " village " ressemble à l'absence de nomination des personnages du nouveau roman. Il existe une volonté de déstructuration de la réalité afin de briser l'individu : " Le village est un petit monde organisé dans ses moindres détails. Rien n'y manque, ni l'épicerie, ni l'hôpital : une forteresse où l'on normalise plus qu'on ne soigne. "[1] [10] Sous le couvert d'une technologie qui se veut pratique et amusante, téléphone sans fil, porte automatique, carte de crédits à l'utilisation enfantine, l'autorité impersonnelle cherche à obtenir des renseignements : pourquoi le numéro 6 a-t-il démissionné de son poste d'agent secret ? Cet abandon est le point d'ancrage de chaque épisode, et ce, dés le générique. " Le village ", aux allures d'une maison de retraite pour personnes qui en savent trop, devient un asile d'aliénés où règne la paranoïa. Ce lieu absurde développe chez le prisonnier cette volonté de puissance reposant paradoxalement sur la lutte, la fuite et l'indépendance. Il s'agit d'une liberté perdue à reconquérir et le symbole de la Lotus Seven dans le générique en reste la manifestation la plus dynamique : la trajectoire de la fuite et de la démission demeure linéaire. Le comportement du numéro 6, à bord de son automobile, est déterminé.

lundi 23 février 2009

LE PRISONNIER, Introduction

Je viens de terminer la série Culte "le Prisonnier" il y a quelques jours. Pour dire la vérité, la série est géniale, elle compte désormais parmis mes séries favorites même si j'avoue ne pas avoir tout saisi dans le dernier épisode qui, comme son titre l'indique pourtant ("le dénouement") m'a laissé un peu perplexe...
On n'a pas besoin de tout comprendre pour apprécier "le prisonnier" mais j'ai quand même cherché sur le net pour essayer d'avoir toutes les réponses à mes questions...
Bonne lecture !

Introduction
Le Prisonnier est une série culte dont le tournage démarra en 1966. Interprétée et produite par Patrick Mc Goohan,[1] [1] scénarisée en 17 aventures dont il réalisera cinq épisodes, elle retrace le parcours d'un homme seul. L'histoire : un agent secret démissionne. Alors qu'il boucle ses valises, un gaz s'échappe. Endormi, il se réveille prisonnier du " village ". Il s'agit d'un lieu aux apparences idylliques mais l'envers du décor est le suivant : personne n'a de noms, ce sont tous des numéros. Mélangé avec des prisonniers et des gardiens que rien ne permet de distinguer, à chaque épisode le protagoniste affronte l'impensable interrogatoire comme un procès kafkaïen fondé sur la fameuse réplique : " Nous voulons des renseignements ". Il tentera de s'échapper 17 fois. Seule, la dernière sera la bonne mais avant de réussir cet exercice périlleux, le numéro 6 jouera métaphoriquement une partie d'échec contre l'énigmatique numéro 1 via le numéro 2. Ce n'est pas sans rappeler le chevalier du Septième Sceau qui combat la mort sur l'échiquier de la vie.
Cet agent du gouvernement britannique qui agit habituellement dans l'ombre du quotidien, est cette fois-ci exhibé, testé, torturé dans un univers carcéral, sans barrière apparente. La liberté est illusoire et curieusement, seul, le numéro 6 tente de s'enfuir. Il existe une véritable phénoménologie de la fuite qui repose sur le non-sens faisant écho à : " Je ne suis pas un numéro, je suis un être libre ! " A savoir, il se dégage de cette série une philosophie qui vise à saisir les enjeux d'un système[1] [2] absurde par un retour aux données immédiates de la conscience du spectateur. Celle-ci met en évidence l'essence même de l'être. Ici, il s'agit du numéro 6 un double du numéro 1 (pouvoir absolu), l'ensemble stigmatisé par le numéro 2 (pouvoir temporaire).
Cette machination aux beaux décors, aux gestes et attitudes calculées est une réflexion sur la fuite. Pour le numéro 6, la cause principale de l'angoisse repose sur l'impossibilité d'agir dans ce système absurde. Il faut préciser que cette liberté acquise par la fuite et par la lutte, l'une étant la corrélation de l'autre, est aussi une façon de se gratifier, donc d'échapper à l'angoisse. Même en écarquillant les yeux Patrick Mc Goohan ne voit rien : " Il tâtonne en trébuchant sur la route obscure de la vie, dont il ne sait ni d'où elle vient, ni où elle va. "[1] [3] Cette fuite se produit en trois phases : échapper au système, le transcender pour en sortir libre et victorieux. Enfin, il faut le recréer à la conscience du spectateur : sensibilisation et non-sens du système.

vendredi 30 janvier 2009

LE PRISONNIER

LE PRISONNIER

C'est à l'âge de 80 ans que Patrick McGoohan nous a quitté le 13 janvier dernier.
Connu pour avoir démarré dans la série "Destination Danger", créateur de génie pour la série cultissime "Le Prisonnier" où il interpréta le célèbre numéro 6, cette oeuvre visionnaire et incomprise en son temps (1966) fut probablement la première grande oeuvre de fiction du petit écran.

Pressenti pour remplacer Sean Connery dans le rôle de James Bond qu'il refusa, on le vit apparaitre dans quelques films comme "L'évadé d'Alcatraz" de Clint Eastwood.

"Je ne suis pas un numéro, je suis un homme libre"

Le Prisonnier représente la série culte par excellence ! je la découvre en ce moment en dvd, car oui, j'ai honte de le dire mais j'assume : "je n'ai jamais vu cette série télé".... mais "mieux vaut tard que jamais".... !

Voici un extrait d'un dossier* consacré à la série le Prisonnier, pour savoir tout ou au moins l'essentiel.

Bonne lecture



Le Prisonnier, c’est l’histoire d’un agent secret (en tous cas, c’est ce que l’on suppose) qui, un beau jour, craque et donne sa démission. Alors qu’il est chez lui pour faire ses valises, destination, non pas le danger, mais les îles, un nuage de gaz le surprend et il s’endort. A son réveil, il se retrouve dans un village bizarre, dans lequel les habitants portent des vêtements colorés, et n’ont pas de nom, mais portent un numéro. Au détour des vieilles pierres de ce village, on découvre des innovations technologiques saisissantes (pour l’époque). Ah oui, dernier détail, pas moyen de sortir de ce village, d’un côté des montagnes, de l’autre la mer... Et aucune route. Et puis il y a ce mystérieux ballon blanc qui empêche toute fuite...

Série culte de toute une génération, Le Prisonnier est LA série télévisée par excellence.

Comment évoquer Le Prisonnier sans parler des objets fétiches présents tout au long de la série. Comment, en effet, oublier la voiture du Numéro 6, présente durant tous les génériques, une Lotus immatriculée KAR 120C, mais aussi le grand-bi, « logo officiel » du village, la Mini-Moke, et l’incontournable ballon blanc, gardien du Village, le bien nommé « rôdeur ».

On retrouve dans Le Prisonnier plusieurs visions différentes de Patrick McGoohan sur la vie et la société qu’il est intéressant d’analyser, ce que nous tenterons de faire dans les lignes suivantes. Il est plus que probable que d’autres visions de la série existent, tant l’ensemble est fouillé, mais il serait impossible de parler de tous ces aspects dans ces lignes, d’où le choix suivant. Et puis, Patrick McGoohan a toujours voulu que le téléspectateur se forge sa propre idée. Voilà en partie pourquoi nous lui laissons le champs libre. Voici pourtant quelques bases :

La sensation de malaise fournie par le Village est encore amplifiée à travers le choix des tenues vestimentaires des villageois, plus qu’anachroniques (même à l’époque, et encore maintenant). Chaque habitant (ou presque) y semble en cure thermale ou en vacances. Dès son arrivée au Village, on retirera au Prisonnier son costume habituel pour lui mettre l’« uniforme » du lieu. L’apparence normale du Prisonnier, ainsi que son appartenance sociale ont été effacée aux yeux de tous. Il devient un numéro parmi d’autres.

L’aspect philosophique :

L’être humain et sa liberté de jugement sont la pierre angulaire de la série.

Si la série est un hymne à la liberté et à l’être humain, cette évocation est cynique et désabusée : le message sous-jacent de Patrick McGoohan est bien qu’il ne faut pas se faire d’illusions sur la liberté. On peut donc dire que personne n’est entièrement libre de penser et d’agir comme il l’entend, même s’il en a l’impression. En clair, nous sommes tous des Prisonniers. Le conditionnement que nous subissons dans la vie de tous les jours, n’est pas forcément prémédité comme au Village, mais fait partie de notre personnalité. Toute personne obéi forcément sans réfléchir à des règles.

L’aspect psychologique :

Le numéro 6 a quand même quelques défauts, tout d’abord parce qu’il a démissionné de son poste (aussi secret et mystérieux qu’il soit). Il est ainsi suspect de trahison vis à vis de son organisation (elle aussi, quelle qu’elle soit). Cette démission démontre chez lui une forte personnalité. Le libre arbitre est primordial face à l’obéissance.

Et puis, le numéro 6 est de nature colérique. Il est vrai que sa situation n’est pas des plus enviables, mais cela n’explique pas ses crises d’énervement uniquement à cause d’un bonjour ou d’une musique d’ambiance, même si celle-ci peut être entêtante. Pour terminer, notre héros, par la force des choses, ne peut gagner (si ce n’est à quelques rares occasions). Quoi qu’il fasse, quels que soient les plans qu’il met en place, ils sont déjoués par les numéros 2 successifs.


Il reste encore un point important à évoquer dans cet aspect :

l’interrogation existentielle.

Tout au long de la série, Le Prisonnier se demande qui il est. Dès le générique, cette interrogation revient avec la question « Who is Number One ? ». La première interprétation de cette phrase est celle qui nous vient directement à l’esprit : qui est le responsable de mon emprisonnement et de ma prison ? Mais cette interprétation en amène une autre : qui décide de ma vie pour moi ?

Juste après, la réponse, ou plutôt la « non-réponse » tombe avec la cultissime réplique « You are number six ». Cependant, en poussant l’analyse plus loin, et en allant chercher du côté de la prononciation de cette phrase, on peut en déduire deux traductions qui nous éclairent sur le sens de la série. En effet, elle prend un sens totalement différent si on la prononce : « You are N°6 » (Vous êtes le N°6, comme l’a traduit la version française) ou « You are, number six » (C’est vous, N°6). Un double sens impossible à faire passer en français, bien évidemment, mais qui peut éclairer un peu plus le téléspectateur sur la série. Si vous le voulez vraiment et que vous en avez les moyens, votre destin est entre vos mains. La preuve donc que la série n’est ni simpliste et encore moins naïve.

L’aspect politique :

Le Numéro 6 fait preuve d’un tel entêtement dans sa lutte contre le Village qu’il est clair que Patrick McGoohan y a transposé ses opinions politiques. Les thèmes qu’il y aborde sont si nombreux que l’on pourrait presque y retrouver les thèmes de campagne d’un parti démocratique. Patrick McGoohan défend notamment le principe de liberté individuelle de penser, de circuler, de critiquer. Et ces thèmes sont plus ou moins présent dans tous les épisodes.

La série dénonce ainsi les simulacres d’élections dites libres et démocratiques en URSS ou dans les dictatures encore présentes sur le globe aujourd’hui. Sans oublier la propagande nazie dans l’Allemagne hitlérienne. On pourrait même aller jusqu’à évoquer les manipulations de l’opinion dans nos démocraties. En fait, peu de régimes trouvent grâce aux yeux de Patrick McGoohan. La crainte du contrôle des pensées et de l’asservissement de l’homme par la technique et le modernisme sont aussi très présentes.

Conclusion

Il est très compliqué d’expliquer Le Prisonnier, comme il est très compliqué de le comprendre. Cette série nous apprend de nouvelles choses à chaque visionnage. Pourquoi ? Simplement parce que le niveau de lecture peut être différent à chaque fois, mais aussi parce que l’on y découvre de nouvelles choses constamment.

*source : http://www.afds.org/Le-Prisonnier.html
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