mardi 28 août 2012
vendredi 3 décembre 2010
KOUNEN parle de COCO CHANEL son film

J'ai vraiment du mal à sentir les choses comme ça... Pour Coco & Igor par exemple, j'ai du mal à dire qu'il a été ignoré : nous avons été sélectionnés à Cannes, le film a beaucoup vécu à l'étranger, et beaucoup de journalistes qui n'aimaient pas mes précédents films ont écrit des jolies choses dessus. Et vice-versa d'ailleurs, certains qui m'aimaient bien pour mes autres films ayant moins aimé celui là. Alors oui, je peux comprendre cette vision, mais je ne le vis pas comme ça. Quand tu fais un film, d'abord tu analyses le regard de la profession et ensuite l'adéquation entre ce que tu fait et le public que ça touche, tout ça pour rester dans une sorte d'équilibre. 99 FRANCS a permis à la profession, c'est à dire les producteurs et les financiers, de se dire "Tiens, il a quitté ses sphères mystiques, il est revenu chez nous pour faire des films". Ce film m'a aussi permis de revenir faire un tour dans un monde que je connais bien, celui de la publicité. Pour Coco Chanel et Igor Stravinsky, il y a deux catégories de gens dans la profession : ceux qui ne l'ont pas vu - ils sont nombreux et le DVD va être l'occasion de rattraper ça - et ceux qui l'ont vu et qui ont constaté que j'étais capable de faire un film très différent de tout mes précédents. J'ai donc depuis reçu des propositions de films venant de producteurs qui avant ne se tournaient pas vers moi. En ce moment, le raisonnement dans la profession autour de mon nom est "Ce réalisateur peut donc faire des choses très différentes... alors pourquoi pas ça.". Depuis Coco & Igor j'ai donc reçu beaucoup de projets et surtout dans un spectre de genres beaucoup plus varié qu'auparavant. Je vis ça comme quelque chose de très positif : je n'essaye pas de développer un genre de films en particulier, mais de raconter des histoires atypiques. Et puis au final, en tant que cinéaste, je suis très content de mon film.

On dirait presque que couper des scènes vous plaît.C'est vrai ! Vous allez avoir du mal à me croire, mais je coupe toujours le plus beau plan dans tous mes films. C'est toujours celui qui est le plus mis en scène, ce qui peut nuire au final. Dans Blueberry par exemple, c'était un travelling demi-compensé à la technocrane insensé que j'avais fait sur Temuera Morrison et le chaman : le résultat était très beau, très léché, mais il valait mieux finalement dans l'histoire qu'on ne le voit pas. Dans Doberman, j'avais fait un très long plan séquence dans la casse de voitures, que j'ai finalement coupé en une dizaine de bouts, parce que ça nous servait plus d'avoir un dialogue découpé. Tout ces décisions ne tournent autour que d'un problème : trouver l'essence d'une scène et d'un film. J'adore couper... Etonnant non ? Ca doit venir de mon expérience en publicité. J'ai souvent fait des pubs de une minute, que finalement on me demandait de réduire à 30 secondes : j'avais l'impression de les massacrer au montage... pour finalement souvent me rendre compte qu'elles étaient un peu mieux une fois réduites de moitié. J'ai vraiment appris à séparer l'affectif que j'ai pour les images que je tourne de leur utilité dans le film. Il faut savoir évacuer toute cette dimension émotive et ne pas hésiter à couper des plans qu'on a adoré tourner lorsque c'est nécessaire.
Je ne sais pas vraiment ! Je suis en train d'écrire une suite à 99F qui s'appelle 99 roubles. Je n'ai jamais voulu faire de suites à mes films, mais là c'est différent : il y a le roman de Begbeider et je trouve que le sujet vaut vraiment la peine de réveiller Octave, de le ressusciter des tréfonds de 99F en quelque sorte. C'est assez agréable. J'ai différents projets de films, qui avancent aussi, chacun différemment. Mais en fait mon occupation la plus concrète de ces derniers temps était un livre, "Carnets de voyages intérieurs", qui raconte toutes mes aventures que j'ai eu depuis dix ans avec les indiens d'Amazonie. C'est un livre de témoignages, intime, assez drôle, et avec beaucoup de cinéma dedans ! Il sortira en mars 2011.
mercredi 30 décembre 2009
JAN KOUNEN parle d'AVATAR
Alors que Coco Chanel & Igor Stravinsky sort sur les écrans le 30 décembre, Jan Kounen nous fait l'honneur de s'exprimera au sujet du dernier film de James Cameron qui a largement animé cette fin d'année cinématographique : Avatar.
Un sujet qui m'est cher
C'est un film que j'attendais depuis plusieurs années. Un grand projet de science-fiction. Je m'y suis plus intéressé il y a environ un an en récupérant le traitement qu'un nerd avait déniché sur internet. Les sujets évoqués par James Cameron, le rapport avec les indigènes, la jungle, la connexion avec les plantes, ont attisé évidemment ma curiosité très vite et je me suis plongé dans ce premier traitement du film. J'ai été aspiré par le projet de James Cameron, ravi que ce film, qui allait probablement permettre une réelle avancée technologique, soit un film traitant d'un sujet qui m'est cher, celui des peuples indigènes. Un film sur la relation symbiotique homme-nature, sur le rapport intime que nous avons perdu.
Il y a certaines scènes du traitement que Cameron a supprimées (espérons qu'elle soient dans la version intégrale !), Notamment une scène où Jack se connectait à la nature et entrait dans un monde visionnaire ou les plantes lui donnait à voir des images de futurs possibles. L'un de mes projets à l'époque et toujours d'actualité était un dessin animé ayant un angle visionnaire similaire.
A l'époque, Mac Guff, la société responsable des effets visuels de Blueberry avait été contactée par Weta pour les séquences visionnaires d'Avatar. James Cameron avait manifestement apprécié les visions de Blueberry. Finalement le projet n'a pas abouti. Mais cet épisode démontrait le désir de James Cameron d'aller témoigner encore plus concrètement de l'interface homme-nature presente chez les peuples chamaniques. J'étais donc impatient de découvrir le film, et cela au-delà de la simple problématique du cinéma : Allait-il faire le premier block-buster militant pour les connaissances des peuples indigènes ?
Après visionnage la réponse est clairement...oui, Avatar propose une expérience d'un type nouveau, il va dans le monde des émotions, nous faire vibrer dans les profondeurs. Dans le territoires des origines perdues. La haute technologie, la révolution d'un cinéma du futur est utilisée ici pour la première fois avec l'intention de nous rappeller l'ancestral en nous. Les racines.
La boucle est bouclée. L'intention est lumineuse...et quasi subversive.
Des résonnances personnelles
La description de James Cameron reste finalement incroyablement proche de la réalité du monde des pensées et des concepts de deux peuples : l'indigène, et l'homme amenant le « progrès ». Elle est, bien sur, simplifiée à l'extrême, mais nous permet de percevoir le gouffre qui sépare les deux mondes. Mon émotion, se trouve évidemment renforcée car je m'identifie facilement au héros. Je n'ai pas fait l'armée et je dispose de l'usage de mes deux jambes, mais j'ai vécu cette transformation, à savoir celle de découvrir, que l'indigène n'est pas ce que ma culture m'a enseigné, ce n'est pas un homme en retard sur l'histoire.
J'ai découvert un peuple dont la culture possède une science de la relation à la nature est qui est inconnue et incomprise chez nous. Il s'agit d'une réalité qui ne peut rencontrer la notre, car elle est trop loin de nos concepts, sauf pour les créatures occidentales qui font le voyage et qui vont se « connecter » aux plantes. La reconnexion de l'homme au réseau et à l'intelligence de la nature...tiens, j'ai l'impression de raconter le synopsis d'Avatar ?
Voilà pourquoi je vibre différemment pour ce film, au delà de mon métier de cinéaste et donc forcément admirateur du travail d'orfèvre de toute l'équipe d'Avatar.
C'est pour moi une leçon, Cameron a réussit là ou j'ai échoué avec Blueberry, c'est a dire pouvoir en parler à un plus grand nombre.
Les scènes montrant les tracteurs qui saccagent l'univers du peuple Na'vi, j'en ai également filmé et vu. Tout le monde connaît ces images, et vous les ressentez du point de vue des Na'vis, des indigènes.
Avatar sort dans les salles alors que la conférence de Copenhague se révèle être un échec. C'est une belle synchronicité qui décrit le présent, nous sommes tous dans le vaisseau bombardant l'arbre de la connaissance. J'espère que le film permettra à certains spectateurs de se poser certaines questions, ou réveillera quelques ardeurs militantes, ou simplement quelques consciences « sauvages » en réaction à nos consciences « barbares » . On peut rêver ?
Je ne sais pas si La forêt d'emeraude de John Bormann a changé grand chose, mais ce film a fait partie des moteurs initialisant mon désir de rencontrer le monde indigène. Little Big Man, vu adolescent, a été une gifle, un appel à reconsidérer l'histoire. La brèche était ouverte. N'oublions pas que le cinéma est souvent un outil de propagande a peine déguisé.
Pandora vient du grec panta dôra : celle qui a tous les dons. Une femme envoyée par Zeus. Pandore est venue du monde des dieux avec une jarre, la jarre ouverte, les maux se répandent sur l'humanité, excepté l'espérance, qui reste enfermée dans la jarre de... Pandora.
vendredi 10 avril 2009
99F

C'est un film de Jan Kounen avant tout, une adaptation d'une œuvre de Frédéric Beigbeder, donc on s'attend forcément à du spécial. Et on est servi. Une satire du monde publicitaire comme on en a jamais vue.
"99F" est un film qui semble ne jamais se prendre au sérieux (D'où le but de la satire) mais qui délivre au final un message bien pensé. Le côté "trash" du film plaît ou non,car il faut le préciser, ce n'est pas une comédie à déguster en famille. Cette comédie est portée par un Jean Dujardin égal à lui même, désopilant et taré, à l'image du film en fait. Sûrement un de ses meilleurs rôles au cinéma (sans oublier CONTRE ENQUETE).
mercredi 18 mars 2009
DOBERMANN

Le Dobermann et sa meute sont des pros de l’attaque de fourgons et de banques. Un flic corrompu en fait une affaire personnelle et décide de les prendre en chasse en utilisant les pires expédients. Les chiens sont lâchés. Bienvenue dans le chaos!
À cause d’une violence assez outrancière, à sa sortie, Dobermann fut interdit aux moins de 16 ans. Iici, nous ne sommes pas dans Orange mécanique mais plutôt chez Bip Bip et Coyote.
A la violence des actes et des propos, Kounen rajoute de l’humour noir ravageur et du comique épais, qui n’ont pas fini de déranger certaines têtes trop bien pensantes:
"Tu voulais que je devienne un avocat? Bah c’est à moitié réussi, je suis déjà un enculé!".
Le film nous secoue, nous retourne, nous fait grimper l’adrénaline Du générique de début en images de synthèse au final explosif d’une boîte de nuit transformée en Beyrouth sauce techno, Dobermann est un film de de génération, un film qui donne au spectateur à réfléchir sur ses propres visions de la morale, du politiquement correct et surtout sur ce qu’il a envie de voir.